Le Musée d'Art Moderne
de Villeneuve d'Ascq

Créé en 1983 et situé dans un vaste parc, le Musée d'Art Moderne a été conçu par l'architecte Roland Simounet pour abriter la prestigieuse donation faite par Geneviève et Jean Masurel à la communauté urbaine de Lille.

La plupart des grands artistes d'avant-garde ayant vécu en France dans la première moitié de ce siècle y sont représentés. La collection comporte notamment des chefs-d'oeuvre cubistes de Georges Braque, Henri Laurens, Pablo Picasso ainsi que des ensembles de référence d'oeuvres de Fernand Léger, Joan Miro et Amedeo Modigliani. Le Fauvisme -André Derain, Kees Van Dongeen et Georges Rouault-, le Surréalisme -André Masson et Joan Miro-, l'école de Montpar-nasse, l'école de Paris, l'Art Naïf et les artistes du Nord y sont également représentés. La collection permanente du musée s'enrichit régulièrement d'acquisitions et de dépôts d'oeuvres d'art du XXème siècle. Depuis son ouverture (le 13 novembre 1983), le musée constitue une collection d'art contemporain rassemblant des oeuvres d'artistes français et étrangers (Lewis Baltz, Jean-Sylvain Bieth, Daniel Buren, Richard Deacon, Daniel Dezeuze, Gérard Gasiorowski, Eugène Leroy, Dennis Oppenheim, Pierre Mercier, Pierre Soulages ....) En 1999, le musée a reçu en donation la collection d'art brut de l'association L'Aracine, riche de plus de 300 oeuvres. Afin de présenter cette importante collection, un projet d'extension du musée est actuellement à l'étude et devrait voir le jour vers 2006. Dirigé par Joëlle Pijaudier-Cabot, conservateur en chef du patrimoine, le musée propose tout au long de l'année des expositions temporaires (art moderne, art contemporain et art brut) ainsi que de nombreuses activités éducatives et culturelles.

LA DONATION GENEVIÈVE ET JEAN MASUREL

Roger Dutilleul (1873- 1956) entreprend sa collection dès 1905 auprès de grands marchands tels que Ambroise Vollard, Daniel-Henry Kahnweiler et Léonce Rosenberg. C'est Daniel Henry Kahnweiler qui joue un rôle décisif dans l'évolution de son goût. En véritable amateur guidé par son instinct, Dutilleul est l'un des premiers à s'intéresser au Cubisme en achetant des tableaux de Braque et de Picasso, artistes alors presqu'inconnus. Disposant de moyens modestes et désirant suivre l'évolution des courants artistiques d'avant-garde, il est amené périodiquement à se séparer de certaines de ses oeuvres pour pouvoir acquérir des oeuvres d'artistes nouveaux, ce qui explique, par exemple, la faible représentation du Fauvisme dans la donation. Par ailleurs, l'absence au sein de la collection de certains artistes importants, comme Matisse et Juan Gris, le trouvant trop sec, trop professoral est calculé. De même, l'oeuvre de Matisse ne suscite pas en lui d'émotion esthétique. Cette émotion, d'autres artistes la lui procurent et il les soutient fidèlement : Modigliani à qui il achète régulièrement des oeuvres, Léger qu'il découvre vers 1919 et surtout Lanskoy dont il est le mécène pendant des années. Dutilleul est dépourvu de sectarisme ; il aime avant tout que l'artiste exprime à travers sa peinture des sentiments et une véritable spontanéité. C'est pourquoi le caractère sincère de la peinture naïve le touchait : O'Brady, Vivin et Bauchant figurent ainsi en bonne place dans la collection. Une grande partie de la collection met l'accent sur la représentation de la figure humaine et sur l'expression d'une souffrance existentielle (Modigliani, Buffet, Dodeigne ...) Sa collection constitue un ensemble d'origine privée parmi les plus représentatifs de l'histoire de l'art moderne, au cours de la première moitié du XXème siècle. Fauvisme et Cubisme y tiennent une place majeure et voisinent avec des peintures et dessins surréalistes, et des ensembles d'oeuvres d'artistes figuratifs de l'école de Paris, d'artistes du Nord ou de peinture naïve. Suivant l'exemple de son oncle, Jean Masurel (1908-1991) commence sa collection à partir de 1920, avec l'achat d'une gouache de Fernand Léger. Héritier de la majeure partie du fonds réuni par Roger Dutilleul, il l'enrichit encore jusqu'en 1979, date de la donation à la Communauté Urbaine de Lille. Jean Masurel agit aussi en véritable mécène auprès d'artistes de la région du Nord comme A. Van Hecke, E. Dodeigne ou E. Leroy. La donation comporte 216 oeuvres (150 peintures, 59 oeuvres sur papier et 7 sculptures) représentant la plupart des courants artistiques majeurs développés en France durant la première moitié du XXème siècle. Elle rassemble des oeuvres des artistes suivants : André Bauchant, Fransisco Bores, Georges Braque, Bernard Buffet, Youla Chapoval, Serge-Ivanovitch Charchoune, André Derain, Eugène Dodeigne, Henri Epstein, Georges Hillaireau, Vassily Kandinsky, Eugène-Nestor de kermadec, Paul Klee, Roger de La Fresnaye, André Lanskoy, Henri Laurens, Fernand Léger, Eugène Leroy, André Masson, Joan Miro, Amedeo Modigliani, Gertrude O'Brady, Jules Pascin, Pablo Picasso, Jean Pougny, Serge Rezvani, Suzanne Roger, Georges Rouault, Jean Roulland, Nicolas de Staël, Léopold Survage, Joaquim Torres-Garcia, Maurice Utrillo, Kees Van Dongen, Arthur Van Hecke, Victor Vasarely, Louis Vivin.

L'ENRICHISSEMENT DE LA COLLECTION D'ART MODERNE

Le musée met en oeuvre une politique d'acquisition ou de dépôts qui prend en compte la nature de la collection historique (la donation Masurel), tout particulièrement dans son noyau fort, représenté par le Cubisme et son environnement historique. Il s'attache à développer ce fonds historique. Il a ainsi acquis : - en 1987 : André Derain, Nature Morte, pichet, verre, pots et poire; huile sur toile, 1912. - en 1989 : Henri Laurens, Bas relief polychrome ou Les instruments, terre cuite polychromée en 1928. - en 1994 : Henri Laurens, Bouteille et verre, pierre polychrome en 1919. - en 1997 : Georges Rouault, Baigneuses, 1907, gouache. - en 1999 : Jacques Lipschitz, étude pour figure démontable, danseuse, v.1915, fusain, crayon de couleur, lavis/papier. Il a également obtenu en dépôt ( du Centre Georges- Pompidou, Musée National d'Art Moderne, et du fonds National d'Art Contemporain) des sculptures de A. Calder, H. Laurens, J. Lipschitz, A. Modigliani, P. Picasso, des peintures et dessins de F. Léger, A. Masson, J. Miro ...

LE PARC DE SCULPTURES

Selon la volonté des donateurs, le Musée d'Art Moderne a été édifié au coeur d'un parc ouvert au public dans lequel se déploie une partie de la collection de sculptures. Son noyau initial est constitué d'oeuvres en pierre d'Eugène Dodeigne et de Jean Roulland. Il s'est progressivement enrichi d'acquisitions du musée : The Boxing Ones, 1985, de Barry Flanaghan ; Synclinal, 1990, de Jean-Gabriel Coignet ; une pièce monumentale de Richard Deacon, Between Fiction and Fact, installée en 1992 dans le cadre d'une commande publique de la Ville de Villeneuve d'Ascq. Les oeuvres en dépôt du Musée National d'art moderne y forment également un riche ensemble, avec un mobile et un stabile d'Alexander Calder, La Croix du Sud, 1970 et Guillotine pour huit, 1962 ; Le Chant des Voyelles, 1931-32, de Jacques Lipchitz et une sculpture monumentale de Pablo Picasso, Femme aux bras écartés, 1962. Des liens secrets unissent ainsi les oeuvres en plain air à celles exposées sur les cimaises. Celles-ci appartiennent à une histoire dans laquelle s'enracinent la plupart des oeuvres contemporaines du parc. Intérieur et extérieur se répondent en écho, comme le suggèrent les multiples ouvertures de l'architecture, qui constituent autant d'incitations à un parcours d'une autre nature.

LA COLLECTION D'ART BRUT, DONATION DE L'ARACINE

En 1995, sur les conseils de la Direction des Musées de France, L'Aracine, association de créateurs et d'amateurs d'art brut présidée par Mme Lommel, a proposé à la Communauté Urbaine de Lille d'accueillir dans son Musée d'Art Moderne, son importante collection d'Art Brut constituée depuis 1982. En 1999, la CUDL a accepté cette donation qui devait être accueillie et présentée définitivement avant 2006 dans un bâtiment à construire, dans le périmètre du parc du musée. L' Art Brut, notion créée par Dubuffet en 1945, peut aujourd'hui être considérée comme un phénomène appartenant à part entière à l'Art du XXème siècle. Ainsi est-il légitime de l'accueillir dans un musée dévolu à l'Art moderne et contemporain. Nombreux sont d'ailleurs les artistes, tant au début du siècle qu'à l'heure actuelle, qui s'y réfèrent dans leurs démarches et leurs pratiques. Le musée possède ainsi aujourd'hui la plus importante collection d'art brut en France. Dans l'attente du projet d'extension, le musée s'attache à présenter régulièrement en son sein des expositions monographiques ou thématiques de cette collection et à la faire circuler dans le monde entier. La donation L'Aracine comporte plus de 3 000 oeuvres de 170 artistes et créateurs français et étrangers : dessins, tableaux, assemblages, objets ou sculptures. Les plus grands noms de l'art brut y sont représentés : Aloïse, Barbier Muller, Carlo Zinelli, Joseph Crépin, Henri Darger, Paul End, Auguste Forestier, Abbé Fourré, Madge Gill, Johan Hauser, émile Josome Hodinos, Georgine Hu, Jules Leclercq, Augustin Lesage, Raphaël Lonné, Michel Nedjar, Guillaume Pujolle, émile Ratier, André Robillard, Jean Smilowski, Josué Virgili, Augut Walla, Scottie Wison, Adolph Wolfi, Joseph Yoakum ... EXPOSITION : Rétro Fleury-Joseph CRéPIN Jusqu'au 8 octobre 2000 Le Musée d'Art Moderne Lille Métropole organise une exposition rétrospective consacrée à Fleury Joseph Crépin, artiste déjà représenté dans ses collections à travers la donation d'Art Brut de L'Aracine. L'exposition rassemble plus de cent cinquante oeuvres, issues de collections privées et publiques françaises et étrangères, de cet artiste singulier salué par André Breton et Jean Dubuffet. Né à Hénin-Liétard (Pas de Calais) en 1875, Fleury-Joseph Crépin, plombier-zingueur, compose et joue également de la musique pour les bals et les fanfares. Sourcier féru de radiesthésie, il entre vers 1930 en relation avec le cercle spiritualiste de Douai et devient lui-même guérisseur. Dès 1938, sans aucune formation artistique, il découvre le dessin et en 1939, "guidé par une voix mystérieuse", engage un long travail de 300 peintures destinées à arrêter le conflit mondial. En novembre 1947, il entreprend, pour pacifier le monde, une nouvelle série de 45 Tableaux Merveilleux qu'il peint jusqu'à sa mort en 1948. La peinture de Crépin se distingue par sa thématique récurrente d'architectures symboliques de temples et de palais constellés de perles de peintures où se mêlent personnages et animaux fantastiques. Comme dans les peintures médiumniques d'Augustin Lesage ou de Victor Simon, on y trouve une grande précision et minutie, un goût prononcé pour la symétrie et le motif ornemental, qui peuvent évoquer l'art romano-byzantin ou oriental. L'oeuvre de Crépin a fasciné de grands artistes et intellectuels de l'époque comme elle fascine encore aujourd'hui de nombreux amateurs d'art et artistes.